Le bois nu sous le ciel de Pâques
 

À présent que je m’achemine doucement vers la retraite, des souvenirs s’invitent, venant parfois de très loin dans ma vie de pasteure. Ainsi m’est revenue en mémoire une anecdote, à la fois grave et presque cocasse, de mon premier poste pastoral à Schirmeck-Labroque.
 
Sur l’autel du temple était placée une croix en bois d’environ cinquante centimètres, avec deux particularités : il s’agissait d’un crucifix, avec une sculpture de Jésus fixée au bois, et, au dos, une inscription manuscrite : « Legs de Madame XX, rescapée du camp de Natzweiler-Struthof, 1944 ».
 
À chaque culte, me tenant derrière l’autel, cette inscription se trouvait sous mes yeux. Je ne l’ai jamais oubliée, tant elle me touchait et m’impressionnait. Elle faisait surgir, silencieusement, tout un pan de l’histoire humaine, marqué par la souffrance, la violence et l’inhumanité.
 
Un dimanche de confirmation, alors que le temple était bondé de familles et de paroissiens, en plein temps de célébration et de recueillement, Jésus se détacha soudain de la croix et, dans un bruit sourd, termina sa chute sur le sol devant l’autel. Stupeur, exclamation, murmure traversent l’assemblée. Certains y virent un signe, l’interprétant de diverses manières : chez les protestants, il n’y a pas de crucifix ; ainsi, les choses se remettaient en ordre ; Jésus n’est plus sur la croix, puisqu’il est ressuscité.
 
Je ne me souviens plus si la sculpture retrouva sa place. Ce dont je me rappelle en revanche très nettement, ce sont les images et les impressions lourdes qui envahirent mon esprit : celles de mes visites au Struthof, la figure de Jésus crucifié mise en lien avec les affres du camp et de tous les camps d’extermination de la Seconde Guerre mondiale, les épreuves endurées par Madame XX et ses co-internés, la souffrance de l’humanité et celle de Jésus en croix, victime innocente du mal engendré par des hommes devenus monstres, et, déjà, en filigrane, la présence du Christ ressuscité.
 
Le temps du Carême nous conduit au pied de la croix, sans détourner le regard de la souffrance du monde ni de celle du Christ. Mais il ne s’y arrête pas. Le bois de la croix n’est pas un point final : il ouvre sous le ciel de Pâques. Jésus n’est plus suspendu au supplice ; il est relevé d’entre les morts. La croix ne glorifie pas la mort, elle annonce la vie. C’est cette espérance que nous sommes appelés à porter et à partager.
 
Anne Epting, pasteur dans le secteur des Colombages
 
 
Crédit photo : droits réservés
www.paroisse-wissembourg.fr : le site de la paroisse protestante de Wissembourgéglise verteuepal
Création & développement : JLEVATIC
Retrouvez-nous sur Twitter !
www.ot-wissembourg.fr
Nos partenairesFaire un don
www.wissembourg.fr
Mentions légales
Retrouvez-nous sur Facebook !
Paroisse Protestante Saint-Jean - 13 rue du Presbytère - 67160 Wissembourg